Une nouvelle vidéo met en lumière la réussite d’un projet de restauration du bassin versant du Wolastoq

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Les Wolastoqiyik, l’administration locale et des groupes de conservation travaillent ensemble au démantèlement du vieux barrage du ruisseau Campbell. Ils permettent ainsi l’ouverture d’un passage aux espèces de poissons migrateurs et restaurent l’habitat naturel d’eau douce.

Pour la première fois depuis un siècle, le ruisseau Campbell coule sans entrave. Alors qu’il y a peu de temps encore, un bassin retenait de l’eau stagnante et un barrage obsolète bétonnait les lieux, aujourd’hui, le cours d’eau est dégagé et la berge est en voie de retrouver son état naturel. L’amélioration de la qualité de l’eau, la réouverture du passage des poissons migrateurs et la revitalisation de l’habitat sont quelques-uns des avantages dont va profiter le ruisseau Campbell, un affluent de la rivière Nashwaak qui se jette dans le Wolastoq (fleuve Saint-Jean).

Une courte vidéo publiée cette semaine raconte l’histoire du projet qui a pris fin au début de l’automne 2021. Cette initiative, dont l’élaboration a duré cinq années, a bénéficié d’un vaste soutien de la collectivité. Sous la houlette du Maliseet Nation Conservation Council, une coalition regroupant l’association du bassin hydrographique de la Nashwaak (Nashwaak Watershed Association Inc.), la Première Nation St. Mary’s, la Ville de Fredericton et la Fédération du Saumon atlantique a réussi à obtenir le financement et les permis nécessaires à sa réalisation.

Stratège environnementale à la Ville de Fredericton, Jillian Hudgins souligne que les barrages causent plusieurs problèmes environnementaux. « Le bassin d’amont créé par le barrage du ruisseau Campbell a détérioré la qualité de l’eau du ruisseau, et cette dégradation s’est répercutée sur la faune et la flore; en somme, sur tout ce qui se trouvait sous l’eau. »

Le barrage a été construit en 1919 pour alimenter en eau la filature de coton de Marysville. Depuis sa désaffectation voilà plusieurs dizaines d’années, il n’avait plus aucune utilité industrielle. Jusqu’à son démantèlement, il empêchait le passage des poissons et le cours normal de l’eau. Son état de décrépitude constituait également un risque pour la sécurité publique.

Pendant plusieurs années, dans l’attente de cette démolition, les partenaires du projet ont mené un suivi écologique de référence. En 2020, une ouverture a été créée dans le barrage en ruine pour drainer le bassin d’amont. À la fin de l’été 2021, des engins lourds ont été acheminés sur place pour complètement démanteler la structure. À l’endroit où se trouvait le barrage, des spécialistes en matière d’eau douce ont creusé un canal pour permettre l’écoulement naturel de l’eau et rétablir l’habitat.

De son côté, l’organisme Community Forests Canada a planté des arbres indigènes pour restaurer les caractéristiques naturelles de la rive nouvellement dégagée, explique Natalie Deseta de l’Association du bassin hydrographique de la Nashwaak. « Nous plantons environ 3000 arbres. Il faut mettre les bonnes espèces aux bons endroits. La meilleure méthode, c’est de planter des espèces indigènes qui ont déjà un rôle à jouer dans l’écologie locale. »

Pour Kaleb Zelman, ancien spécialiste en écologie aquatique au Maliseet Nation Conservation Council, la réhabilitation du cours d’eau consiste à rétablir les liens qui ont été coupés. « Les barrages ont été des instruments du colonialisme, y compris ici, dans le bassin du fleuve Wolastoq », dit-il. « En fait, ils ont coupé les liens entre notre peuple et le cours d’eau, brisant des relations tissées depuis des millénaires. »

C’est ce lien et la relation avec Polam/Pəlam (saumon atlantique), et l’environnement en général, que la Première Nation St. Mary’s a voulu faire valoir. « Le bassin versant de la Nashwaak et, plus généralement, le bassin versant du Wolastoq, a vraiment besoin de davantage de projets comme celui-ci qui contribuent au bien-être général de l’écosystème. Ce projet illustre les visions du monde que nous, le peuple Wolastoqiyik, avons comme philosophie de vie; par exemple, la pensée des sept générations, qui signifie que nous laissons un monde meilleur et plus durable à ceux et celles qui viendront après nous, ainsi que l’enseignement de Psiw Ntulnapemok (toutes mes relations), qui parle d’honorer notre interdépendance et notre responsabilité envers tous les êtres vivants et non vivants. C’est pour ces raisons que la Première Nation de St. Mary’s apporte son plein soutien à ce projet », ajoute Tim Plant, de la Première Nation de St. Mary’s.

Grâce à la mobilisation des riverains et de Jason Hall, Ph.D., ethnohistorien de la Nation Wolastoqey du Nouveau-Brunswick, il a été possible d’identifier le toponyme Wolastoqey du cours d’eau, Pahkwapskw. Cette ancienne appellation témoigne de la relation que les Wolastoqiyik entretiennent avec cette rivière depuis des temps immémoriaux. Le démantèlement du barrage est important parce qu’il permet de donner du respect à l’écoulement naturel du cours d’eau et à la communauté, d’offrir quelque chose en retour à ce ruisseau qui a tant donné au fil du temps. De cette manière, nous respectons la relation, la réciprocité étant un élément essentiel pour les Wolastoqiyik.

Parallèlement à ce resserrement des liens, plusieurs espèces de poissons migrateurs ont repris le chemin des tronçons supérieurs de l’habitat de frai et d’alevinage du cours d’eau. « Dans un contexte où le changement climatique menace tant de rivières, il est prioritaire de renforcer la résilience en restaurant le plus possible des habitats de qualité, composés d’eau froide et saine. Le démantèlement du barrage du ruisseau Campbell en est un parfait exemple », déclare le directeur des programmes régionaux de la Fédération du Saumon atlantique, Nathan Wilbur. L’omble de fontaine sauvage, le saumon de l’Atlantique, l’anguille et la lamproie sont parmi les espèces indigènes qui profiteront de ce projet.

Le projet a été financé principalement par Pêches et Océans Canada, avec l’aide du WWF Canada et de la Fondation pour la conservation du saumon atlantique. Une exposition patrimoniale sur les battures de Marysville commémorera l’histoire du barrage, mais surtout, mettra en lumière certains aspects de l’histoire beaucoup plus ancienne des liens qu’entretiennent les Wolastoqey avec la région depuis avant la construction du barrage.

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